Artistes: Anna Adahl (Suede), Maurizio Cattelan (ltalie), Annika Eriksson (Suede), Felix Gonzalez-Torres (Cuba, USA), Jin Kovanda (Republique tcheque), Kristof Kintera (Republique tcheque), Nicolas Moulin (France), Roman Ondak (Slovaquie), Claude Rutault (France), Laure Tixier (France), Marie Voignier (France), William Wegman (USA)

Commissariat : Guillaume Desanges, assiste de Melanie Mermod (Work Method) 

Dans la lignee de la pensée du sociologue Elias Canetti, le motif de la foule se fait l'echo de la notion ontologiquement politique de communauté, mais concerne tout aussi bien une histoire des formes. 
ldéellement, la foule naît de la formation paradoxale d'une "individualité collective", un regroupement physique de sujets partageant momentanément un objectif commun. Un regroupement pouvant atteindre l"'innombrable", qui fascine autant qu'il effraie par sa monstruosité physique et sa puissance incontrôlable, mais aussi sa volatilité. D'un point de vue formel, le motif de la foule aborde la représentation d'un tout composé d'une somme d'éléments caractéristiques, donc la fractalité, mais évoque aussi la tradition ornementale du grotesque, comme organisation visuelle semblant donner un ordre à une réalité multichangeante. Mais cette investigation sur la foule, la masse, ne peut pas se faire sans considérer d'abord son contrepoint, la question de l'absence et du néant, de l'individu isole apparaissant au monde, puis de son rapport à l'altérité et au groupe, premiére étape vers la constitution d'une communauté. Dans cette perspective, l'exposition se construit progressivement selon un scénario continu qui méne de l'un au multiple. 

Le premier chapitre de ce projet, qui se déroulera en deux temps, ne comporte volontairement aucune représentation de foule humaine. II propose d'aborder ce sujet complexe de maniére abstraite, voire paradoxale, á travers un choix d'oouvres dont le rapport á l'unité et à la multitude est sensitif plus qu'illustratif, formal plus que discursif, indirect plus que manifeste. Du monochrome comme effacement du sujet jusqu'à la multitude chaotique ou faussement contrôlée de l'amoncellement, en passant par des structures organiques ou sociales qui, telles des "cristaux de masse", développent des embryons de comportement unitaire. II s'agit de problématiser un sujet de manière sensible, révélant des éclairages particuliers et des liens précaires entre des oeuvres qui échappent individuellement à la circonscription thématique. 

Dans une période oú politique et économie mondiales semblent prôner l'échelle individuelle comme valeur absolue, oú les formes de contre-pouvoir ont souvent pris comme angle d'attaque la reconnaissance des minorités ou les micro-résistances localisèes, l'échelle de la foule, de la multitude, de la masse, et le malaise qu'elle peut susciter apparaissent peut-etre plus subversif qu'il n'y paraît à premiére vue. C'est aussi ce que deux expositions entendent progressivement éclairer. 

 

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